Comment la violence arrive dans le couple ?

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Chaque mois, en France, six femmes meurent sous les coups de leur conjoint La violence est un processus souvent insidieux, qui se met en place durant plusieurs années. Décryptage des signes précurseurs.

Les violences commencent par de petites interdictions, jamais franches, toujours présentées dans l'intérêt de la femme. Les travailleurs sociaux écoutent et aident des dizaines de femmes, brisées physiquement, affectivement et psychologiquement, à mettre des mots sur des violences qu'elles subissent depuis si longtemps.

5 000 femmes et enfants qui fuient un conjoint et un père dangereux sont recueillies dans les centres d'urgences et les foyers d'hébergement de ces associations. La fédération gère aussi une permanence téléphonique qui traite plus de 15 000 appels par an ! Mais, voilà, les besoins vont bien au-delà de ces chiffres.

Environ 220.000 femmes adultes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint selon les statistiques : https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/les-chiffres-de-reference-sur-les.html

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L'insoutenable réalité des chiffres

Selon une enquête, 75% des femmes de l'Hexagone ont été ou sont encore victimes de violences conjugales. En évoquant les violences conjugales, c'est aux femmes battues physiquement que l'on pense avant tout. Le sordide caché par les mots se révèle à la lecture des rapports des travailleurs sociaux : fractures, perforation des tympans, perte de dents, lésions au foie entraînant la mort, homicides...

La France compterait près de 220 000 femmes maltraitées physiquement et 10 meurent, chaque mois, sous les coups de leur compagnon. Cependant, les violences physiques ne doivent pas masquer la violence psychologique, de loin la plus fréquente dans les couples. Moins visibles, les conséquences sont tout aussi graves dépressions, crises de panique, phobies, tentatives de suicide, sans oublier les manifestations psychosomatiques troubles digestifs, fatigue chronique, les bleus de l'âme sont maux de tête. Souvent très douloureux.

Des femmes de toutes catégories sociales et professionnelles et de tout niveau d'éducation sont concernées. Il y a autant de femmes battues dans les beaux quartiers que dans les cités. Pour s'arracher de l'enfer, elles doivent comprendre les mécanismes de la violence.

Une manipulation sournoise

La violence conjugale implique souvent un long processus de déstabilisation et de culpabilisation. Grands manipulateurs, les hommes violents perçoivent très bien les failles de leur compagne et s'y engouffrent. Par exemple, ils utiliseront ses complexes physiques : "Ne te mets pas en jupe, tu vois bien que cela ne te va pas..." Ils visent aussi l'estime que la femme a de ses capacités, critiquant notamment ses résultats au travail. Ces remarques assassines renforcent les complexes de la victime, déjà souvent encline à se dévaloriser. Ainsi rabaissée, mais aussi parce qu'elle est amoureuse, la femme estime alors que le mieux est de s'adapter, de "s'améliorer"... C'est là qu'elle se perd. Délaissant peu à peu son identité, elle devient bientôt l'image de la femme désirée par son mari.

« Agressée psychologiquement depuis vingt ans par son mari, Geneviève ne se rappelait même plus son parfum de glace préférée, ou les couleurs qu'elle aimait. Il l'avait complètement reformatée. Elle a dû réapprendre sa vraie personnalité », commente une assistante sociale.

Ce processus s'opère parfois sur des années. Progressivement, ces femmes perdent confiance en elles-mêmes et en leurs capacités. Elles n'osent plus prendre d'initiative, toujours critiquées. Une acceptation passive s'installe peu à peu. Elles s'isolent, enfermées dans la honte et le silence. Les violences physiques surgissent à ce moment-là. Elles ont déjà accepté tant de choses...

Ces violences psychologiques et verbales sont peu connues du public et les femmes qui en sont victimes les repèrent mal. Face à un manipulateur, il est difficile de différencier les simples concessions nécessaires aux couples de vraies pressions psychologiques.

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Isolées de toute vie sociale

Très jaloux, ces hommes cherchent à isoler leur compagne, afin de renforcer leur emprise sur elle. Les remarques de la famille ou des amis pourraient l'amener à réagir. Pour éviter cela, ces hommes s'attaquent subrepticement à son entourage, en le dénigrant violemment. "Cette amie n'a pas une bonne influence sur toi !" Et, plus tard, "Non, vraiment, je ne l'aime pas, arrête de la voir". A l'inverse, en société, l'homme violent saura se montrer charmant, prévenant et serviable, trompant son entourage. "Un tel homme ne peut être violent" ; "Tu as de la chance de l'avoir rencontré." La victime hésite alors à raconter les faits : ses amis ne la croiraient peut-être pas. Malgré les coups, elles continuent de croire à l'amour.

Pourquoi beaucoup de femmes violentées verbalement ou physiquement ne quittent-elles pas leur conjoint ? Pas si facile…Au début, la violence n'est jamais continue, mais plutôt cyclique. Après l'explosion verbale ou physique, l'homme transfère la responsabilité de sa violence sur sa compagne : Si les enfants ne l'avaient pas fatiguée ; Si elle n'avait pas été en retard… L'homme veut aussi lui donner l'impression d'avoir perdu le contrôle de lui-même : "Je n'ai pas pu m'arrêter, par- donne-moi. " Tellement fragilisée psychologiquement, et pour avoir la paix, la femme acquiesce.

Ensuite, pour empêcher le départ de sa compagne, l'homme cherche à la séduire de nouveau. Les associations appellent "la lune de miel". Comme cette phase. Au premier jour, l'homme redevient attentionné, tendre, drôle. Il promet de ne plus recommencer : "On repart à zéro. Lors de cette période, la victime revient au domicile, retire souvent sa plainte déposée au commissariat et accepte de couper les relations avec son entourage. La famille et les amis désarçonnés hésitent à agir de nouveau. Elle, elle veut y croire. Mais le cycle se répète, et la violence revient. Progressivement, les phases de lune de miel s'amenuisent, puis disparaissent. Place nette à la violence.

Briser le silence

Seules, ces femmes sont prisonnières ! Pour s'en sortir, elles doivent briser le silence. La parole permet de reprendre petit à petit le contrôle de sa vie. Les professionnels des violences conjugales les écoutent sans les juger. Les femmes violentées verbalement ou physiquement par leur compagnon peuvent porter plainte au commissariat.

Il est aussi capital de faire constater par un médecin les conséquences des violences sur la santé ! Ce dernier devra établir un certificat médical accompagné d'une incapacité totale de travail (ITT), autant de preuves pour les procédures pénales ou civiles (séparation...). La loi considère le cadre familial comme un facteur aggravant en cas de violence. Ce n'est pas encore l'idée qu'en a l'opinion publique, estimant souvent que la violence conjugale est un problème interne au couple :"Cela ne nous regarde pas, c'est leur vie privée", disent les voisins...

Pendant ce temps, la violence continue.

Les enfants souffrent aussi

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Très attachées au concept de famille, beaucoup de femmes hésitent à priver les enfants de leur père.

Elles restent donc avec leur conjoint violent. Pourtant, dans un tel contexte, les enfants développent un sentiment d'insécurité permanente. Le père cherche constamment leur appui en les instrumentalisant. Voyant leur mère toujours rabaissée et dévalorisée, les enfants perdent tout respect pour elle, voire aussi pour les autres femmes.  Les enfants hébergés dans un centre en même temps que leur mère, sont souvent plus violents avec leurs petits camarades. Un mari violent n'est jamais un bon père, même s'il ne frappe pas directement les enfants.

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