Antibiotiques : ce qu’il faut savoir

Antibiotiques
“Les antibiotiques, ce n’est pas automatique”, proclamait une ancienne campagne d’information. En effet, ils n’ont pas réponse à tout et peuvent même être dangereux s’ils sont mal utilisés.

Qu'est-ce qu'un antibiotique ?

C'est une substance naturelle (par exemple la pénicilline) ou synthétique, ayant une activité antibactérienne. Elle peut inhiber la croissance des bactéries, qui ne se développent plus et ne se reproduisent plus. Elle peut aussi détruire les bactéries : le staphylocoque, le streptocoque, le colibacille... Les bactéries sont plus ou moins sensibles aux antibiotiques, et on dispose d’une panoplie suffisante pour les tuer.

Mais les antibiotiques ne sont pas actifs sur les virus. Ils n'ont aucun effet sur la grippe, sur l'angine virale...

Ni sur les rhinopharyngites, qui sont virales dans 90 % des cas. Comment le savoir ? En cas d'angine, le médecin peut, grâce à un test simple et indolore, savoir si l'on est porteur d'une angine à streptocoque. Si c'est le cas, il est nécessaire de prendre des antibiotiques, faute de quoi on risque des complications locales ou à distance, parfois graves (cardiaque, articulaires...).

Pourquoi avons-nous développé des résistances à ces médicaments ?

Les microbes réagissent aux antibiotiques en s'organisant. Ces derniers détruisent les bactéries sensibles, mais d'autres, plus résistantes, vont au contraire se développer.

Parfois les bactéries mutent, mais ces cas de mutation sont rares. Ainsi, certains microbes disposent de mécanismes de résistance, et se défendent mieux que les autres.

Quelle est la bactérie la plus rebelle au traitement ?

Notre ennemi n°1 est le staphylocoque résistant à la méticilline. Cette résistance est proche de zéro dans certains pays, comme les Pays-Bas et la Scandinavie. En France, le taux est de 35 % en moyenne, ce qui classe la France en sixième position européenne, parmi les plus mauvais.

Il est donc nécessaire d'utiliser des antibiotiques spéciaux, à plus large spectre et plus coûteux. « Nous sommes dans une spirale infernale, explique le Dr Jean Carlet, président du Comité technique contre les infections nosocomiales (CTIN). Plus les bactéries résistent, plus il faut des antibiotiques puissants qui renforcent la résistance aux antibiotiques. Et ainsi de suite. »

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Pourquoi ce phénomène est-il aussi important en France ?

Le mécanisme est lent à se mettre en place et lent à disparaître. Il est lié à deux causes principales.

  • Une surconsommation des antibiotiques. La France est le champion d'Europe de la consommation de médicaments. En consultations de ville nous sommes les premiers ; à l'hôpital, les deuxièmes. « Autrefois, la majorité des personnes atteintes de rhino-pharyngite finissaient par prendre des antibiotiques, parce qu'elles les réclamaient, ou parce que les médecins les prescrivaient », rappelle le Dr Carrey.

On constate aussi souvent une surconsommation à l'hôpital. Les antibiotiques ne sont pas toujours donnés à la bonne dose, ni sur la bonne durée. La bonne dose est faite pour tuer ou inhiber la croissance des bactéries. Si elle est au-dessous, les microbes ont toute latitude pour s'installer et prendre possession du terrain. En outre, pour éviter la résistance, il faut traiter rapidement. Un autre risque vient des patients eux-mêmes, lorsqu'ils décident, de leur propre chef, de changer les doses.

  • La transmission des microbes entre les patients se fait en général par les mains. Les efforts pour augmenter l'hygiène des mains, en France, sont récents. Peut-être, estiment certains, parce que l'on considérait que les antibiotiques étaient tout-puissants.

Les antibiotiques donnés aux animaux ont-ils aussi une incidence ?

Les antibiotiques, à une époque, ont été donnés à haute dose aux animaux (les poulets, par exemple) comme facteurs de croissance. Si ce phénomène, en principe, a disparue, en revanche les élevages intensifs existent toujours. Etant donné la concentration des animaux, si l'un d'entre eux tombe malade, il faut donner des antibiotiques à tous les autres.

Comment diminuer ce problème de résistance ?

Cela passe par la réalisation de deux programmes menés de front et coordonnés.

  • La lutte contre la transmission des bactéries, en particulier résistantes, en développant l'utilisation des solutés hydro-alcooliques pour se désinfecter les mains, à la place du classique lavage au savon.
  • Etablir un meilleur usage des antibiotiques, en respectant les doses reconnues efficaces et la durée des traitements. En médecine de ville, le traitement est parfois trop court, surtout si le malade décide de l'arrêter. À l'hôpital, il est souvent trop long : il arrive qu'une pneumonie soit traitée par deux semaines d'antibiotiques, alors qu'une semaine, souvent, suffirait.

Peu à peu se mettent en place, dans les hôpitaux, des médecins référents en anti- biothérapie. Dans le meilleur des cas, ils sont infectiologues, mais ils peuvent être aussi microbiologistes, hygiénistes, réanimateurs avec une formation spécifique... Dans les hôpitaux importants, des unités mobiles de maladies infectieuses, composées de microbiologistes et de cliniciens, donnent des conseils sur les prescriptions d'antibiotiques.

En ce qui concerne la médecine de ville, on constate une diminution de 50 % des antibiotiques dans le traitement des rhinopharyngites depuis quinze ans. Au point que l'on sent parfois une certaine méfiance chez le public vis-à- vis des antibiotiques. « Or, c'est le médicament qui a sauvé le plus de vies. Il faut seulement l'utiliser à bon escient" souligne le Dr Carrey.

Autre exemple : le Danemark, qui, il y a trente cinq ans, connaissait un taux de résistance aux antibiotiques de 25 %. En dix ans, le taux est passé à zéro. Il n'y a donc pas de fatalité. Il est possible de diminuer la résistance aux antibiotiques, pour peu que l'on s'en donne les moyens.

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