Frigidité : définition, symptômes et témoignages

Frigidité Problème Sexuel
Indifférente à son désir, insensible à ses caresses, vos relations intimes vous laissent de marbre. Libido en chute libre, plaisir inaccessible ou sensualité en deuil ? Vous avez (trop) vite fait de vous croire et de vous prétendre frigide. Mais qu’en est-il vraiment ? Levons le tabou sur les capricieuses et mystérieuses fluctuations de l’intensité du plaisir.

C’est quoi, la frigidité ?

Absence de désir, de plaisir, impossible d’atteindre l’orgasme… ? Il n'y a pas une seule mais plusieurs réponses. Même les spécialistes évitent d'employer trop ce terme de frigidité, qui dissimule en réalité des troubles, dans lesquels se conjuguent en effet le désir, le plaisir, l'orgasme (voir lexique en fin d’article).

Communément, cependant, on s'accorde à définir la frigidité comme l'incapacité à avoir du plaisir. Une fois le terrain débroussaillé, reste à mieux comprendre ce problème. Et pour ce faire donnons la parole aux femmes, victimes de ce « plaisir difficile ».

« Je m'ennuie pendant l'amour »

« Mariée depuis six ans, j'ai ce que l'on appelle une vie agréable. Je m'entends très bien avec mon mari, nous avons deux jeunes enfants, j'ai un travail qui m'intéresse, etc. Aucun problème donc, si ce n'est une sexualité monotone. Pour moi, les rapports sexuels relèvent plus de la corvée que d'une partie de plaisir. D'ailleurs, je m'en passerais volontiers sans m'en préoccuper davantage... mais je sens que mon mari en souffre. » explique Viviane.

Notre avis : Le témoignage de Viviane est très intéressant car révélateur de tout un état d'esprit, qui est à l'origine de sa frigidité.

Après un check-up gynécologique qui confirmera l'absence de problème organique pouvant justifier sa difficulté à éprouver du plaisir, c'est un interrogatoire personnel plus approfondi qui permettra d'identifier d'où vient le problème de Viviane.

Avant tout, son discours, sa façon d'aborder sa sexualité est le premier indice. Elle préfère ignorer le malaise, le cantonner au rang de souci secondaire : « aucun problème... » dit-elle (excepté une réticence à faire l'amour avec l'homme de sa vie) ; ou encore : « Je m'en passerais volontiers ».

Occulter le problème, ne pas le prendre au sérieux - certaines femmes auraient même tendance à le tourner en dérision ; « On ne va pas en faire un drame, tout de même ! » - est la solution facile que Viviane adopterait volontiers si son mari ne se sentait pas frustré. D'ailleurs, c'est pour lui qu'elle va consulter, alors qu'elle n'ose pas aborder le sujet avec l'homme qu'elle aime.

Une réticence, une attitude de refoulement, un manque de confiance en soi et une pudeur exacerbée sont, là encore, des "clignotants" qui amèneront tout naturellement à se pencher sur le passé de Viviane, son éducation, ses antécédents amoureux, etc. Car Viviane souffre de ce que l'on appelle une frigidité primaire, c'est-à-dire ayant toujours existé.

« Avec mon précédent petit ami, c'était la même chose », se souvient-elle, en opposition à une frigidité secondaire, apparue à la suite d'un choc (rupture, deuil...), d'une maladie ou d'une opération, ou simplement d'un accouchement. Elle n'éprouve pas de dégoût, elle reste de glace, certes, mais ne semble pas se sentir agressée, à la différence d'une femme qui a été victime d'un viol, par exemple. Il suffit d'ailleurs qu'elle en parle pour que l'origine devienne évidente.

« Chez nous, la sexualité était un sujet tabou, voire indécent, vulgaire. Ma mère fuyait mes questions, n'a jamais voulu m'expliquer. Alors j'ai fini par vouloir, moi aussi, ignorer tout cela. Oublier en quelque sorte mon corps. »

A l'âge adulte, Viviane garde les séquelles psychologiques de ces non-dits. Ne voyant pas "l'utilité du plaisir", elle n'y prête pas attention et dévalorise sa sensualité ; ne connaissant pas son propre corps, elle a du mal à atteindre le plaisir.

Viviane a entamé son processus de guérison en allant voir un médecin. Mettre des mots sur son malaise est sa première victoire. Sa complète libération pas- sera, bien sûr, par le dialogue avec son mari.

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« Nos rapports sont frustrants »

« Instable dans ma vie amoureuse j'ai toujours préféré rester indépendante car chacune de mes histoires est marquée par des relations sexuelles décevantes. J'éprouve du désir, du plaisir, mais je ne connais pas l'orgasme. Je viens de rencontrer quelqu'un avec qui je souhaite m'installer. Mais cette frustration sexuelle demeure et j'ai peur qu'elle devienne un obstacle dans la réussite de mon nouveau couple. » Catherine 40 ans

Notre avis : Avant tout, Catherine n'est pas à proprement parler frigide puisque désir et plaisir (même approximatifs et insatisfaisants) il y a. En réalité, elle souffre d'anorgasmie, c'est-à-dire qu'elle n'atteint pas le degré ultime de la jouissance, le pic intense qu'est l'orgasme. Telle est d'ailleurs la principale plainte des patientes venant consulter en se prétendant frigides.

A cette anorgasmie (ou dysorgasmie), de multiples causes dont certaines sont sans doute applicables au cas de Catherine.

D'abord une insuffisance ou une absence d'excitation, souvent par défaut de stimulation clitoridienne. Des partenaires maladroits, inexpérimentés, pressés ou peu réceptifs ; par ailleurs, la peur de l'échec et le manque de confiance en soi sont autant d'obstacles au plaisir. De plus, le "ratés" répétitifs amènent à douter et à "anticiper l'échec". Autre crainte inconsciente : celle de déplaire ou de perdre la personne aimée.

Dans l'exemple de Catherine, on voit qu'elle est au début de son histoire, et c'est la première fois qu'elle s'investit autant.

« J'ai toujours préféré l'indépendance [mais cette fois] je compte m'installer », dit-elle. Si elle est plus attentive au plaisir de son compagnon qu'au sien, elle se prive, là encore, de l'accès à l'orgasme.

Enfin, l'observation de soi et l'angoisse de perdre tout contrôle sont souvent incriminées dans ce type de blocage. Cette attitude est couramment rencontrée chez des femmes de tête, généralement "suractives", habituées à tout gérer, tout organiser, Or, le plaisir, cela ne se programme pas et elles ont du mal à se laisser aller, à s'abandonner à cette petite mort, par définition non maîtrisable et qui leur fait peur.

Peut-être Catherine est-elle victime de sa propre libération sexuelle ? Son « instabilité » ne révélerait-elle pas une quête impossible du plaisir à tout prix plutôt qu'un souci d'indépendance ? Une recherche effrénée du plaisir, vouée à l'échec si l'atteinte de l'orgasme devient une idée fixe, une obsession.

Pour mieux cerner le problème, il est nécessaire de consulter ; de même, une légère prise en charge psychologique est importante. Il est essentiel de prendre du recul et surtout d'apprendre à se relaxer. Pour cela, des séances de yoga et de relaxation peuvent se révéler utiles.

Enfin, un dernier conseil : ne pas hésiter à aborder le problème à deux. L'anorgasmie, tout comme la frigidité, cela se soigne à deux...

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« Je n'ai plus du tout envie »

« Mon mari et moi formons un couple uni depuis près de trente ans. Notre vie sexuelle a toujours été épanouissante, sauf depuis quelques mois je sens mon désir en berne : aussi je multiplie les migraines diplomatiques ! Quoique compréhensif mon mari s'en plaint de plus en plus. Inquiète, j'ai consulté mon gynécologue qui a diagnostiqué une frigidité secondaire à l'intervention chirurgicale que j'ai subie l'an dernier. On m'a enlevé les ovaires et l'utérus. Mais je crains surtout d’avoir pris un coup de vieux… » Madeleine, 53 ans

Notre avis : D ans le cas de Madeleine, on est tenté d'imputer ses récents troubles sexuels à son opération. Il est vrai que l'ablation des ovaires (ovariectomie) et de l'utérus (hystérectomie) ne manque pas d'entraîner des dérèglements hormonaux importants. Et l'on sait que l'arrêt de la sécrétion des hormones sexuelles, qui se manifestent par une lubrification des muqueuses, débouche sur une baisse de la libido. Et puis, tout comme la ménopause "spontanée", cette ménopause "artificielle" est susceptible d'entraîner des bouffées de chaleur, des modifications de l'humeur, une fatigue, une prise de poids, autant de symptômes peu propices à une bonne entente sexuelle.

Heureusement, les traitements hormonaux, dits de substitution, combattent efficacement tous ces ennemis de l'amour. C'est pourquoi il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin.

Cela dit, et si malgré un tel traitement Madeleine voit toujours son désir s'émousser, c'est sans doute le facteur temps qu'il convient d'accuser. Trente ans de vie commune, c'est aussi un cap difficile à passer ; la routine et les petites habitudes ont remplacé les grands frissons passionnés !

Dans ce cas, c'est au couple de "réamorcer la machine" ! Créez des surprises, des émotions fortes : des rendez-vous imprévus, des dîners en tête à tête, des escapades au soleil, tous ces mêmes plaisirs feront redécouvrir le désir... puis à nouveau le plaisir !

D'autre part, le temps qui passe est aussi synonyme de vieillissement. « J'ai pris un coup de vieux », confie Madeleine. Or, il est difficile de voir son corps vieillir, de se fatiguer plus vite ; difficile aussi, pour de nombreuses femmes, d'accepter l'inévitable ménopause sans états d'âme, sans se plaindre d'être "moins femme".

Petit lexique

Anaphrodisme

Non seulement la femme ne ressent ni désir ni plaisir, mais elle éprouve un véritable rejet, une répulsion de l'acte sexuel, C'est une "frigidité" que l'on rencontre surtout chez les femmes ayant un lourd passé sexuel, un traumatisme comme un viol.

Anorgasmie

Se dit d'une femme incapable d'atteindre l'orgasme, même si désir et excitation il y a.

Dysorgasmie

C'est la femme dont les orgasmes sont rares, défectueux ou incomplets.

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